La valeur de service du point Agirc-Arrco reste fixée à 1,4386 € depuis novembre 2024, sans revalorisation prévue avant le 1er novembre 2026 au plus tôt. Pour les anciens salariés du privé dont la complémentaire représente une part significative de la pension totale, cette année blanche pèse davantage que la hausse de 0,9 % appliquée sur la retraite de base au 1er janvier 2026.
Mesurer l’écart réel entre inflation et revenu de retraite permet de comprendre ce que ce gel change concrètement.
Gel Agirc-Arrco et hausse de la retraite de base : comparatif des revalorisations 2025-2026
| Composante | Revalorisation au 1er novembre 2024 | Revalorisation au 1er novembre 2025 | Revalorisation au 1er janvier 2026 (base) |
|---|---|---|---|
| Retraite de base (régime général) | – | – | +0,9 % |
| Retraite complémentaire Agirc-Arrco | Dernière hausse actée | Gel (échec des négociations du 17 octobre 2025) | Gel maintenu, valeur du point inchangée à 1,4386 € |
La retraite de base suit une indexation légale sur l’inflation hors tabac, encadrée par l’article L. 161-25 du Code de la sécurité sociale. La complémentaire Agirc-Arrco, elle, dépend d’un vote du conseil d’administration composé de partenaires sociaux. Quand ce vote échoue, aucun mécanisme automatique ne prend le relais.
Le gel de la valeur du point signifie que chaque euro de pension complémentaire versé aujourd’hui achète moins qu’il y a un an, puisque les prix continuent de progresser. La hausse de 0,9 % sur la base ne compense ce recul que partiellement, et uniquement pour la fraction de la pension relevant du régime général.

Perte de pouvoir d’achat : ce que le gel du point Agirc-Arrco coûte selon le profil de retraité
L’impact du gel varie fortement selon la proportion que la complémentaire occupe dans la pension totale. Pour un ancien cadre, cette part peut dépasser la moitié du revenu de retraite. Pour un non-cadre ayant cotisé au SMIC une grande partie de sa carrière, elle est plus faible.
Deux profils types pour comprendre l’écart
- Un retraité dont la complémentaire Agirc-Arrco représente environ un tiers de la pension totale voit sa revalorisation effective ramenée à une fraction de ces 0,9 %, puisque seule la base augmente.
- Un ancien cadre supérieur, dont la complémentaire constitue plus de la moitié de la pension, subit un gain réel proche de zéro voire négatif rapporté à l’inflation, malgré la revalorisation de la base.
- Les retraités percevant le minimum contributif, dont la pension est presque entièrement constituée par la base, sont paradoxalement les moins touchés par ce gel.
Le résultat est contre-intuitif : les retraités aux pensions les plus élevées perdent proportionnellement davantage de pouvoir d’achat dans cette configuration, parce que leur exposition à la complémentaire est plus grande.
Recours judiciaire contre le gel des pensions complémentaires
L’échec des négociations d’octobre 2025 n’est pas resté sans suite. La CGT et la CFE-CGC ont saisi la justice pour contester le gel de la valeur du point, après plusieurs refus de revalorisation par le conseil d’administration.
La procédure crée une incertitude juridique rarement évoquée dans les projections classiques. Si le juge donnait raison aux syndicats, le conseil d’administration pourrait être contraint de réviser sa position. En revanche, une décision défavorable consoliderait la marge de manoeuvre des gestionnaires du régime pour maintenir le gel aussi longtemps qu’ils le jugent nécessaire.
Ce que le recours ne changera probablement pas à court terme
Les délais judiciaires rendent peu probable une décision avant les prochaines négociations d’automne 2026. Le recours pèse davantage comme signal politique que comme levier immédiat sur le montant des pensions versées chaque mois.
Revalorisation Agirc-Arrco novembre 2026 : fourchette de négociation et incertitudes
L’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 prévoit une fourchette de revalorisation liée à l’inflation hors tabac, mais le conseil d’administration conserve la possibilité d’ajuster ou d’annuler toute hausse. Pour novembre 2026, les projections évoquées dans la presse spécialisée situent la marge de négociation entre 1,2 % et 2 %, selon les prévisions d’inflation retenues.
Rien ne garantit que le haut de cette fourchette soit retenu. Les partenaires sociaux disposent de plusieurs leviers pour moduler la revalorisation, et le précédent de 2025 montre qu’un désaccord peut aboutir à un gel pur et simple.

Les variables qui pèseront sur la décision d’octobre 2026
- Le niveau d’inflation hors tabac mesuré par l’INSEE sur les douze mois précédant la négociation.
- L’état des réserves financières du régime Agirc-Arrco, qui restent excédentaires mais dont l’utilisation fait débat entre organisations patronales et syndicales.
- L’issue du recours judiciaire engagé par la CGT et la CFE-CGC, qui pourrait modifier le rapport de force entre les négociateurs.
- Le contexte budgétaire global et les prélèvements sociaux (CSG, CRDS) appliqués aux pensions, qui déterminent le montant net réellement perçu.
Même avec une revalorisation de l’ordre de 1,5 % en novembre 2026, le rattrapage de vingt mois de gel resterait incomplet. L’écart accumulé entre l’évolution des prix et celle de la valeur du point depuis fin 2024 ne serait que partiellement résorbé.
Prélèvements sociaux sur les pensions Agirc-Arrco en 2026 : un facteur souvent sous-estimé
Le taux de CSG applicable aux pensions dépend du revenu fiscal de référence. En 2026, les seuils ont été ajustés, ce qui peut faire basculer certains retraités d’un taux réduit vers le taux normal. Ce basculement réduit le montant net de la pension sans que le montant brut ait bougé.
Pour un retraité dont la pension brute reste identique (gel du point), un changement de tranche de CSG produit une baisse nette réelle. Ce mécanisme amplifie la perte de pouvoir d’achat déjà causée par l’absence de revalorisation de la complémentaire.
La combinaison d’un gel du point et d’un éventuel relèvement du taux de prélèvements constitue le scénario le plus défavorable pour les retraités du privé en 2026. Surveiller son avis d’imposition et le taux de CSG qui en découle reste la seule variable sur laquelle un retraité peut anticiper, en ajustant par exemple le calendrier de certains revenus complémentaires.

