Espérance de vie à 90 ans : chiffres clés et perspectives d’avenir

700 000 personnes âgées de 90 ans et plus en France en 2023 : ce chiffre brut, presque irréel il y a quarante ans, incarne une bascule démographique silencieuse mais massive. Moins de 200 000 nonagénaires dans les années 1980, un cap franchi en pleine accélération, et l’Insee l’assure : l’espérance de vie à cet âge avance, même si la pandémie a marqué une pause. Les projections ne laissent guère de place au doute : la France vieillit, et vite. Les défis que cela pose à la société − de la dépendance à la transformation des politiques publiques − s’installent au cœur du débat.

Vieillir en France : comprendre l’évolution de l’espérance de vie à 90 ans

L’hexagone s’inscrit dans une tendance mondiale où la longévité ne cesse de progresser. En 2022, une femme de 90 ans pouvait espérer vivre encore 3 années en moyenne, un homme près de 2 années. La situation évolue : l’écart entre hommes et femmes se réduit peu à peu. Autrefois très marqué, ce fossé se comble, porté par la prévention et un accès aux soins de plus en plus équitable.

Au niveau international, la Corée du Sud prend la tête des projections avec une espérance de vie féminine à 90,8 ans en 2030, devant le Japon et la France. D’après l’étude de Majid Ezzati publiée dans The Lancet, la France reste leader en Europe : en 2022, les femmes de 90 ans y atteignent 93 ans en moyenne, les hommes 90 ans. Pourtant, le scénario pour 2030 annonce une légère baisse : 88,6 ans pour les femmes, 81,74 ans pour les hommes.

La démographie française se transforme rapidement. Avec l’arrivée massive des baby-boomers à la retraite, la part des nonagénaires augmente à vue d’œil. Ce mouvement redessine les besoins collectifs : il faut repenser la prise en charge du grand âge, ajuster les politiques publiques et gérer la question de la dépendance. Sur le plan international, la France tire son épingle du jeu, là où d’autres, comme les États-Unis, voient leur espérance de vie ralentir, voire reculer, sous la pression de facteurs sanitaires et sociaux difficiles à endiguer.

Pays Espérance de vie à 90 ans (femmes, projection 2030) Espérance de vie à 90 ans (hommes, projection 2030)
Corée du Sud 90,8 ans 84 ans
France 88,6 ans 81,74 ans
États-Unis 83,3 ans 79,5 ans

Face à cette croissance rapide, une question s’impose : la société saura-t-elle accompagner dignement ces nouveaux âges de la vie, ou sera-t-elle débordée par l’ampleur du défi ?

Quels sont les chiffres clés du vieillissement de la population aujourd’hui ?

Le vieillissement démographique redéfinit la structure de la population mondiale. D’après l’ONU, le nombre de personnes de plus de 65 ans a doublé depuis 1990 et pourrait atteindre 1,5 milliard d’ici 2050. En France, l’Insee dénombre près de 16 millions de seniors, soit un quart de la population. Depuis 1970, la part des 60 ans et plus est passée de 18 % à 27 %.

Voici quelques repères marquants pour situer l’ampleur du phénomène :

  • 93 ans : espérance de vie d’une femme de 90 ans en France en 2022
  • 90 ans : espérance de vie d’un homme de 90 ans la même année
  • La part des nonagénaires en France poursuit sa croissance

La tendance française s’inscrit dans un mouvement européen plus large. La Slovénie et la Hongrie, par exemple, enregistrent des progrès spectaculaires depuis 2010 : +4,7 ans pour les femmes slovènes, +7,5 ans pour les hommes hongrois. Mais la réalité sociale n’est pas uniforme. Les écarts de niveau de vie, l’accès inégal à la prévention et aux soins, ou encore la profession exercée continuent de peser lourd dans la balance de l’espérance de vie. Les femmes, mieux suivies et plus attentives à leur santé, continuent de vivre plus longtemps.

En cinquante ans, la baisse de la mortalité infantile, la lutte contre les maladies infectieuses et la prévention cardiovasculaire ont permis ces avancées. Aujourd’hui, la dynamique ralentit. Certains pays voient déjà leur espérance de vie flancher, freinée par des inégalités persistantes et des crises sanitaires non résolues.

Projections démographiques : à quoi ressemblera la France des nonagénaires demain ?

Selon l’Insee, la France s’apprête à franchir un nouveau seuil. D’ici 2040, le nombre de nonagénaires pourrait bien doubler pour atteindre près de 2,5 millions. Ce basculement, déjà amorcé, bouleverse la structure sociale et pose des défis partagés : organisation du système de soins, adaptation du logement, anticipation du coût de la dépendance.

La longévité n’est plus un simple paramètre statistique : elle pèse sur l’économie, stimule l’innovation et réinvente le parcours de vie. Les baby-boomers, détenteurs d’un patrimoine conséquent, modifient la consommation, l’immobilier, la transmission des biens. On observe aussi une implication grandissante des seniors dans la vie associative, la solidarité locale, le bénévolat : autant de liens précieux dans une société vieillissante.

Mais le véritable enjeu, désormais, concerne la qualité de vie à un âge avancé. Adapter l’habitat, encourager l’autonomie, anticiper la pression sur les hôpitaux deviennent des priorités. Le dérèglement climatique ajoute de l’incertitude, en multipliant les épisodes de canicule ou de pollution, qui fragilisent les personnes âgées. Les démographes, à l’image de Jean-Marie Robine, insistent : rien n’est écrit. L’avenir des nonagénaires dépendra des innovations médicales, mais aussi de notre capacité collective à repenser en profondeur le « bien vieillir ».

Deux hommes âgés discutant dans un parc urbain

Perte d’autonomie et société : les nouveaux défis à relever face à la longévité

Franchir le cap des 90 ans, c’est aussi faire face à la question de la perte d’autonomie. En France, la demande de maintien à domicile est forte : 80 % des personnes âgées souhaitent rester chez elles aussi longtemps que possible. Mais la fragilité finit souvent par s’imposer. La santé, bien sûr, reste le facteur décisif. Après 60 ans, les maladies cardio-vasculaires dominent toujours, mais les cancers prennent une place croissante dans la mortalité.

Face à cette évolution, la sécurité sociale et les collectivités locales ajustent leurs réponses. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) constitue un socle, mais les besoins explosent. Il faut adapter les logements, renforcer les services à domicile, former toujours plus de professionnels. La silver économie multiplie les innovations : compléments nutritionnels, objets connectés, collaborations entre industriels et start-ups de la santé.

Quelques tendances structurantes façonnent déjà le paysage :

  • Économie argentée : le marché mondial de l’anti-âge pourrait atteindre 120 milliards de dollars d’ici 2030.
  • Des traitements comme Ozempic ou Wegovy, initialement développés pour le diabète, sont aujourd’hui étudiés pour contrer les pathologies liées à l’âge.
  • L’immobilier senior attire les investissements, les grands fonds diversifient leurs portefeuilles à l’échelle internationale.

À travers ces évolutions, la société française se trouve à un carrefour. Entre solidarité et équilibre budgétaire, la bataille se joue sur plusieurs fronts : prévention, lutte contre l’obésité et le tabac, diffusion de solutions innovantes, accompagnement individualisé. Un nouveau pacte social est à inventer pour que la longévité ne soit pas une épreuve mais une promesse.

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